poésies psychopompes
[Psychopompe : “Qui conduit les âmes des morts”]
“Il suffit d’abaisser notre prétention à dominer la Nature et d’élever notre prétention à en faire physiquement partie, pour que la réconciliation ait lieu.”
(Francis Ponge)
La Nature, notre nature reprendra vie lorsque nous aurons redonné de l’importance à l’essentiel au lieu du superflu.
LA NATURE SENS DESSUS DESSOUS
Ces trois oeuvres symbolisent la Nature et notre nature mise à mal par le paraître abstrait de notre civilisation et pose la question de la réconciliation avec notre sensibilité animale, autrement dit nos émotions emprisonnées.
« Si ce mythe est tragique, c’est que son héros est conscient. (…) Mais il n’est tragique qu’aux rares moments où il devient conscient. »
Le mythe de Sisyphe, Albert Camus
LES INNOCENTS
Les toiles qui suivent ont pour thématique la perversion humaine utilisant les innocents et la nature… Le tableau représente la Nature et la progression humaine sur celle-ci, les murs sur lesquels sont accrochées les toiles est le symbole de la part de Nature conquise par l’homme.
La fontaine de sang
Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu’une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je l’entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.
A travers la cité, comme dans un champ clos,
Il s’en va, transformant les pavés en îlots,
Désaltérant la soif de chaque créature,
Et partout colorant en rouge la nature.
J’ai demandé souvent à des vins captieux
D’endormir pour un jour la terreur qui me mine ;
Le vin rend l’oeil plus clair et l’oreille plus fine !
J’ai cherché dans l’amour un sommeil oublieux ;
Mais l’amour n’est pour moi qu’un matelas d’aiguilles
Fait pour donner à boire à ces cruelles filles !
Charles Baudelaire
A ceux qu’on foule aux pieds
«Combien d’êtres humains frissonnent à cette heure,
Sur la mer qui sanglote et sous le ciel qui pleure,
Devant l’escarpement hideux de l’inconnu !
Etre jeté là, triste, inquiet, tremblant, nu,
Chiffre quelconque au fond d’une foule livide,
Dans la brume, l’orage et les flots, dans le vide,
Pêle-mêle et tout seul, sans espoir, sans secours,
Ayant au cour le fil brisé de ses amours !
Dire : – « Où suis-je ? On s’en va. Tout pâlit, tout se creuse,
Tout meurt. Qu’est-ce que c’est que cette fuite affreuse ?
La terre disparaît, le monde disparaît.»
L’année terrible, 1871, Victor Hugo
ETRE OU NE PAS ETRE ANIMAL
LE PARTI PRIS DES CHOSES
Les deux toiles qui suivent ont pour thématique la construction humaine utilisant et transformant les matériaux naturels tels que le sable, les minerais, le bois…
Le tableau représente la Nature et la progression humaine sur celle-ci, les murs sur lesquels sont accrochées les toiles est le symbole de la part de Nature conquise par l’homme.
Rhum des fougères
«De sous les fougères et leurs belles fillettes ai-je la perspective du Brésil ?
Ni bois pour construction, ni stères d’allumettes : des espèces de feuilles entassées par terre qu’un vieux rhum mouille.
En pousse, des tiges à pulsations brèves, des vierges prodiges sans tuteurs : une vaste saoulerie de palmes ayant perdu tout contrôle qui cachent deux tiers chacune du ciel.”
Le parti pris des choses, Francis Ponge
BRISEZ LE VERRE
«Brisez le verre» est un projet d’installations figuratives créées avec du verre brisé. L’enjeu est simple : aider l’homme à entrevoir différemment la biodiversité et la nature, dont il a peur.
De part et d’autre du verre brisé se trouvent l’homme et la nature.
Tantôt l’homme est rationnel – symbolisé par le rectangle : il se tient derrière la vitre brisée dans le tableau et tente de rejoindre la nature déboussolée.
Tantôt l’homme est de fer : il maintient sa position en regardant la nature dans le tableau qui tente désespérément de l’attendrir à travers le verre brisé.
Cette installation, centrée sur le verre brisé, met en scène un paradoxe visuel et conceptuel frappant : un mobilier d’apparence aristocratique — un canapé aux lignes baroques, symbole de confort et de raffinement — est entièrement entravé, presque momifié, sous des couches de plastique rouge brillant. Cette enveloppe artificielle évoque à la fois la protection et la suffocation. La Nature, ici suggérée par les fragments de pierre posés sur l’assise, apparaît réduite à l’état de résidu, de débris inertes déposés sur une surface synthétique.
Le rouge omniprésent agit comme une saturation du regard. Il renvoie autant à la chair qu’à une alerte, un signal de danger. Pourtant, ce danger est esthétisé, domestiqué, intégré dans un espace intérieur propre, presque clinique. La Nature n’est plus un environnement vivant, mais un élément scénographique que l’on dispose, encapsule et expose. Le plastique, matériau industriel par excellence, devient la membrane qui sépare — et hiérarchise — le vivant et l’objet. Il empêche tout contact direct, transformant le canapé en relique et la matière naturelle en simple accessoire.
Cette œuvre montre un corps absent mais suggéré, remplacé par un objet domestique. Enveloppé dans du plastique et maintenu par des pierres, il devient une chose conditionnée, immobilisée et exposée. L’objetisation n’est plus seulement une réduction du vivant à la matière, mais une transformation de l’être en élément consommable, intégré dans un environnement quotidien qui rend cette violence presque invisible.
Les pierres et les poissons de verre, quant à eux, semblent déplacés de leur contexte originel. Ils ne participent plus à un écosystème mais sont réduits à leur valeur formelle : texture, poids, présence brute. Leur position sur le siège évoque une tentative de réintroduction du réel dans un univers artificialisé, mais cette tentative est vouée à l’échec. La Nature, ici, ne peut exister qu’à travers sa capture, sa fragmentation et son immobilisation.
Les œuvres murales et le verre renforcent cette mise en vitrine. Tout est cadré, équilibré, maîtrisé. La Nature, historiquement associée à l’imprévisible et au sauvage, est ici soumise à un dispositif esthétique rigoureux qui la neutralise. Elle devient image, motif, voire marchandise. Seule la brisure du verre lui donne un espoir de réconciliation avec sa Nature profonde.
Ainsi, l’installation critique l’objectisation de la Nature en révélant les mécanismes par lesquels celle-ci est transformée en produit culturel : emballée, déplacée, stylisée. Ce geste d’appropriation, qui semble au premier regard décoratif, apparaît en réalité comme une forme de violence silencieuse — une mise à distance qui empêche toute relation authentique au vivant.
